Les Pères de l'Eglise et mes premières conclusions
en petit et en bleu, toujours, le texte de Blanrue. En noir, ma réponse ou mes questions.
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3) Le témoignage des Pères de l'Église
Il y a mieux que l'étude interne, qui fait grande part à la subjectivité : c'est d'interroger les plus anciens auteurs chrétiens sur leur connaissance des Évangiles. Par leurs premiers lecteurs, nous saurons l'ordre d'apparition de ceux-ci et leur contenu primitif. La méthode n'est pas parfaite, mais elle a l'avantage de reposer sur du concret, quoique lacunaire.
En ce qui concerne l'ordre d'apparition des Évangiles dans l'histoire, une période butoir apparaît au premier coup d'oeil : les années 170.
pourquoi butoir ? c’est une borne plutôt : après on sait avec certitudes que les 4 Evangiles sont constitués et sont ceux d’aujourd’hui
Les quatre Évangiles sont connus du Fragment de Muratori, écrit aux alentours de cette date, du Diatessaron de Tatien, qui en fait un amalgame autour de 172,
il amalgame donc les 4 Evangiles pour n’en faire qu’un plus pratique et univoque. Cette démarche est intéressante dans la recherche que nous faisons ici. En effet, si Tatien entreprend ce projet, c’est que les 4 Evangiles avant 170 présentaient de nombreuses différences mais existaient déjà. Or, que se passe-t-il ? Ses détracteurs, dès la publication, font remarquer que dans son but d’harmoniser les différentes versions, Tatien a été amené à modifier les arrangements des phrases des Evangiles et donc à déformer les message des Apôtres. Preuve donc que en 170, on n’aime pas toucher même à l’arrangement des phrases des évangiles !
et de St Irénée, vers 185. Quel que soit le texte que l'on privilégie, il n'y a pas à revenir sur la certitude (autant qu'on peut en avoir en histoire) qu'à partir de cette période l'Église primitive connaît les récits de Matthieu, Marc, Luc et Jean et leur porte assez de considération pour les préférer à la soixantaine " d'apocryphes " qui jusque là leur était concurrents et que l'Église citait régulièrement au cours du IIe siècle.
cités certes, mais les 4 évangiles canoniques restent les plus cités
Il est permis de penser qu'alors ces quatre Évangiles n'ont pas une grande ancienneté, puisque St Justin les ignore, vers 160 (il ne possède que les Logia pour bâtir sa Vie du Christ). Ce qui ne signifie pas, naturellement, que tout ait été inventé après lui, mais que la construction de l'édifice évangélique n'était pas achevée lorsqu'il écrivait.
c'est un bon argument et j'ignore complètement pq Justin ne se base que sur les Logias et je n'ai pas le temps de faire des recherches. Cependant je ne connaissais pas cette "Vie du Christ" de Justin et n'en n'ait pas trouvé traces dans mon dico ! Une petite réflexion qui me vient : en 160 donc Justin écrit sa Vie du Christ (???? parait-il) et ignore donc les 4 Evangiles. En 170, soit 10 ans plus tard, son disciple Tatien publie le Diatessaron qui se veut être une harmonisation des 4 évangiles (qu'il considère comme les plus sérieux et les plus authentiques). Quelque chose m'échappe...
Peut-on tenter une date haute à la mise en circuit des différentes briques qui ont servi à bâtir cet édifice? A supposer qu'il faille croire Eusèbe qui écrivait au IVe siècle et qui nous offre plus d'une fois des preuves de sa non-fiabilité, la mention la plus ancienne que l'on possède des Évangiles serait celle de l'évêque d'Hiérapolis, en Phrygie, Papias, vers 150. Encore celui-ci ne connaît-il que Marc et Matthieu. L'Evangélion de Marcion, écrit vers 140, les ignore : on a même été jusqu'à penser que Luc l'aurait copié en se démarquant des options gnostiques de l'hérétique, ce qui est fort possible.
Mais est-on assuré du contenu des Évangiles de cette époque? Non. Si le nom de quelques évangélistes est attesté, nous ne savons rien ou presque du contenu des Évangiles qui leur sont attribués. Papias a lu deux Évangiles différents de ceux que nous connaissons, jugeant par exemple Marc " désordonné ",
Papias ne dit pas cela ! il dit, avant 140 très certainement, : « Marc, étant le traducteur de Pierre, écrivit exactement, mais non dans l'ordre, tout ce qu'il se rappelait des paroles ou des actions du Seigneur... Quant à Matthieu, il a mis en ordre les dire relatifs au Seigneur en langue hébraïque » : Il est dit « non dans l’ordre » ce qui ne signifie , ce qui ne signifie pas désordonné ! Et même si l’on accepte que son récit ait été désordonné, remettre des chapitres dans l’ordre chronologique n’est pas recréer un nouvel évangile…
alors qu'il est reconnu que celui-ci pèche au contraire par excès d'organisation. Les polémistes païens comme Celse, Porphyre ou Tryphas, dans des controverses acerbes, n'ont-ils pas rejoint les craintes des chrétiens tels que Denys de Corinthe ou Irénée de Lyon, en condamnant le trafic des textes? Ils nous incitent à penser que pendant assez longtemps de " pieux auteurs " ont remanié les textes à leur convenance. St Jérôme, au IVe siècle, se plaindra encore de la falsification et du mélange des Écritures (le pape le chargera d'ailleurs de les " harmoniser " dans une version latine).
mélange comme le diatessaron qui sera condamné vigoureusement à cette époque et interdit en Syrie.
remarquons quand même que des hérétiques comme Basilide vers 130, Valentin vers 140, Marcion vers 150, cherchent à interpréter les Evangiles en leur faveur, également des juifs comme Tryphas et des païens (Celse, vers 178) citant les Evangiles pour essayer de les prendre en défaut. Tous ces auteurs tiennent les Evangiles pour authentiques. Ils critiquent certains qui mélangent mais pas les textes dont eux se servent. Cette critique dont fait mention Blanrue peut être vue, à l’opposé, comme un souci, à l’époque déjà, de ne pas trafiquer les Ecritures, celles que l’on lit et que l’ont considère comme authentiques…
Il devient donc très vraisemblable qu'à la seconde moitié du IIe siècle si des bribes d'Évangiles existent certainement, si le nom de certains auteurs leur est déjà accolé, nos quatre Évangiles ne sont pas encore définitivement constitués.
ce n’est pas si sûr ! ça l’est en partant des hypothèses retenues par Blanrue mais elles ne sont pas si sûres !
Cette étape ne sera franchie, au mieux, que vers 170. Ce n'est toutefois qu'au IIIe concile de Carthage, en 397, que le Nouveau Testament prendra sa forme actuelle (sans l'Apocalypse, qui pose d'autres problèmes). Soit au IVe siècle.
attention, ici, Blanrue fait un glissement de la rédaction finale des Evangiles à la fixation du canon du Nouveau Testament. Quel lien dans ce qu’il veut montrer ici ?
Nous sommes loin des dates habituellement avancées : Marc vers 65-70, Matthieu vers 75-90, Luc vers 65-80... - plus loin encore de l'optimisme démesuré de Tresmontant qui affirme que le récit de Matthieu date d'avant 36!
et comment réfute-t-il les objections soulevées par Tresmontant ? Il y en avait une série. Notamment si je me rappelle bien (ça fait lgtps que j’ai lu Tresmontant que je n’ai pas sous la main) l’idée que la datation tardive des évangiles part du principe de la transcription d’une tradition orale. Certes elle a existé. Mais comment imaginer que des juifs disciples de Jésus n’aient rien écrit de son vivant ? La prise de notes existait déjà et parmi ceux qui suivaient Jésus il n’y avait pas que des pêcheurs… évidemment, ici on part de l’hypothèse de l’existence de Jésus…
Dans le meilleur des cas, de telles échelles ne peuvent jamais que situer la rédaction des quelques premières bribes évoquées plus haut, mais leur importance doit être tenue pour négligeable.
La rédaction définitive des Évangiles est donc à chercher beaucoup plus tard, plus de 100 ans après les événements qu'ils entendent relater.
toujours une hypothèse, qui privilégie certains aspects et pas d’autres et se base sur peu d’indices, qui sont par ailleurs contestables
Elle a été précipitée pour supplanter les hérésies qui se répandaient, ce dont convient St Irénée. Il fallait faire coïncider les Écritures avec la foi des premières communautés. L.Rougier écrivait : " Les Évangiles sont rédigés pour l'endoctrinement des néophytes, la réfutation des hérétiques, la confusion des juifs endurcis, les besoins de la liturgie ".
sans doute les Evangiles sont-ils des livres prosélytes mais ceci n’enlève rien au fait qu’ils puissent parler d’un personnage historique et sans le reconstituer totalement… La littérature engagée n’est pas forcément « fausse »
En parlant de Louis Rougier, il est intéressant pour la suite de la discussion (posts suivants) de savoir que dans son livre paru en 1977 chez Copernic, « Celse contre les chrétiens », sa thèse est de « démontrer à quel point la pensée judéo-chrétienne est totalement étrangère à la pensée antique qu'elle a détruite en quatre siècles. De même, il démontre par ce livre que si le christianisme a pu perdurer jusqu'à nos jours, c'est parce qu'il a su récupérer un certain nombre de rites, de mythes païens qui ont pu faire croire aux peuples convertis que le judéo-christianisme était la suite logique du paganisme ancestral ».
Comme ils n'ont été formés qu'en vertu de critères théologiques, en reprenant à leur compte un ensemble de traditions écrites et orales, dont le genre veut que la dominante soit hagiographique, les Évangiles nous renseignent davantage sur la foi des premiers chrétiens (ils en sont l'expression) que sur Jésus lui-même - si toutefois il a existé, ce dont nous sommes en droit de douter sérieusement comme nous allons le voir. Se frayer un chemin à travers les amplifications catéchétiques opérées par les correcteurs au cours des deux premiers siècles et les erreurs des copistes (on écrivait alors sans séparer les mots)
encore une fois c’est vrai pour TOUS les textes de l’antiquité !
relève de la gageure. Le prudent Père Lagrange estimait que les Évangiles étaient " insuffisants comme documents historiques pour écrire une histoire de Jésus Christ " : selon lui, ils en étaient plutôt un " reflet ". Un reflet déformant jusqu'à quel degré?
reflet ne signifie pas invention me semble-t-il… à moins de tordre le sens des mots…
A ce stade, à partir du texte du CZ, qu’est-ce qu’on peut dire ?
1) P.E. Blanrue est un piètre historien qui dit à peu près n’importe quoi et qui compile ce qui l’intéresse délaissant tout ce qui pourrait aller à l’encontre de sa thèse
2) P. E. Blanrue fait donc preuve de malhonnêteté intellectuelle en publiant ce genre de torchon sur le net : il trompe ses lecteurs, ce qui est grave pour quelqu’un qui prétend donner des leçons
3) Après une critique rapide de son texte, on a vu qu’il n’a pas été capable de montrer que les Evangiles sont des récits tardifs (ses soi-disant preuves s’effondrant les unes après les autres)
4) il a en revanche rappeler (involontairement) que les Evangiles et les Ecrits du Nouveau Testament sont les textes de l’Antiquité pour lesquels on possède les copies les plus anciennes et les plus nombreuses et que ces copies sont très proches de leurs originaux, comparativement aux autres textes antiques
5) il n’a pas pu montrer que les 4 Evangiles canoniques n’existaient pas encore au 2ème siècle
6) il n’a pas pu montrer non plus , preuves à l’appui, que « les remaniements se comptent par centaines »
7) en revanche, il a reconnu qu’il y avait (au moins) une première « couche » de récits très anciens, càd du 1er siècle
8) il n’a pas pu démontrer qu’il n’y avait pas de communautés chrétiennes très tôt à Rome, au contraire ce fait est sûr
9) Maintenant, avant de lire plus avant son texte, réfléchissons :
Il a existé des « textes » dès le premier siècle parlant du Christ
on trouve des communautés chrétiennes à Rome en 64 mais aussi en Grèce dès 51/52
les Evangiles prétendent parler d’un personnage mort vers 30/33 en Palestine
il n’existe nulle part de textes, inscriptions ou mentions de Jésus et des chrétiens avant (au bas mot) l’an 30
le christianisme est un fait : il est apparu dans l’histoire comme une variante du judaïsme et s’est développé fortement au 2ème siècle
Justin et d’autres Pères du 2ème siècle font des références aux chrétiens du 1er siècle
nos Evangiles (càd les mêmes que ceux de la fin du 2ème siècle) sont en grande partie des traductions en grec de textes écrit en Hébreu alors qu’au 2ème siècle les chrétiens ne sont plus en Palestine et se répandent en milieu païen
conclusion : le christianisme a été fondé en Palestine entre 30 et 50 et a produit des « textes en hébreu» (lesquels ? on n’en sait rien à ce stade de notre discussion) + une série de lettres dont on sait avec certitude que au moins les « couches » les plus anciennes (s’il y a eu des couches) datent de l’an 51/52 et que ces textes et lettres font références à un homme, Jésus, mort et ressuscité
Je ne conclu pas que Jésus a existé, je dis ce que l’on a à notre disposition. La discussion se poursuit dans les posts.
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3) Le témoignage des Pères de l'Église
Il y a mieux que l'étude interne, qui fait grande part à la subjectivité : c'est d'interroger les plus anciens auteurs chrétiens sur leur connaissance des Évangiles. Par leurs premiers lecteurs, nous saurons l'ordre d'apparition de ceux-ci et leur contenu primitif. La méthode n'est pas parfaite, mais elle a l'avantage de reposer sur du concret, quoique lacunaire.
En ce qui concerne l'ordre d'apparition des Évangiles dans l'histoire, une période butoir apparaît au premier coup d'oeil : les années 170.
pourquoi butoir ? c’est une borne plutôt : après on sait avec certitudes que les 4 Evangiles sont constitués et sont ceux d’aujourd’hui
Les quatre Évangiles sont connus du Fragment de Muratori, écrit aux alentours de cette date, du Diatessaron de Tatien, qui en fait un amalgame autour de 172,
il amalgame donc les 4 Evangiles pour n’en faire qu’un plus pratique et univoque. Cette démarche est intéressante dans la recherche que nous faisons ici. En effet, si Tatien entreprend ce projet, c’est que les 4 Evangiles avant 170 présentaient de nombreuses différences mais existaient déjà. Or, que se passe-t-il ? Ses détracteurs, dès la publication, font remarquer que dans son but d’harmoniser les différentes versions, Tatien a été amené à modifier les arrangements des phrases des Evangiles et donc à déformer les message des Apôtres. Preuve donc que en 170, on n’aime pas toucher même à l’arrangement des phrases des évangiles !
et de St Irénée, vers 185. Quel que soit le texte que l'on privilégie, il n'y a pas à revenir sur la certitude (autant qu'on peut en avoir en histoire) qu'à partir de cette période l'Église primitive connaît les récits de Matthieu, Marc, Luc et Jean et leur porte assez de considération pour les préférer à la soixantaine " d'apocryphes " qui jusque là leur était concurrents et que l'Église citait régulièrement au cours du IIe siècle.
cités certes, mais les 4 évangiles canoniques restent les plus cités
Il est permis de penser qu'alors ces quatre Évangiles n'ont pas une grande ancienneté, puisque St Justin les ignore, vers 160 (il ne possède que les Logia pour bâtir sa Vie du Christ). Ce qui ne signifie pas, naturellement, que tout ait été inventé après lui, mais que la construction de l'édifice évangélique n'était pas achevée lorsqu'il écrivait.
c'est un bon argument et j'ignore complètement pq Justin ne se base que sur les Logias et je n'ai pas le temps de faire des recherches. Cependant je ne connaissais pas cette "Vie du Christ" de Justin et n'en n'ait pas trouvé traces dans mon dico ! Une petite réflexion qui me vient : en 160 donc Justin écrit sa Vie du Christ (???? parait-il) et ignore donc les 4 Evangiles. En 170, soit 10 ans plus tard, son disciple Tatien publie le Diatessaron qui se veut être une harmonisation des 4 évangiles (qu'il considère comme les plus sérieux et les plus authentiques). Quelque chose m'échappe...
Peut-on tenter une date haute à la mise en circuit des différentes briques qui ont servi à bâtir cet édifice? A supposer qu'il faille croire Eusèbe qui écrivait au IVe siècle et qui nous offre plus d'une fois des preuves de sa non-fiabilité, la mention la plus ancienne que l'on possède des Évangiles serait celle de l'évêque d'Hiérapolis, en Phrygie, Papias, vers 150. Encore celui-ci ne connaît-il que Marc et Matthieu. L'Evangélion de Marcion, écrit vers 140, les ignore : on a même été jusqu'à penser que Luc l'aurait copié en se démarquant des options gnostiques de l'hérétique, ce qui est fort possible.
Mais est-on assuré du contenu des Évangiles de cette époque? Non. Si le nom de quelques évangélistes est attesté, nous ne savons rien ou presque du contenu des Évangiles qui leur sont attribués. Papias a lu deux Évangiles différents de ceux que nous connaissons, jugeant par exemple Marc " désordonné ",
Papias ne dit pas cela ! il dit, avant 140 très certainement, : « Marc, étant le traducteur de Pierre, écrivit exactement, mais non dans l'ordre, tout ce qu'il se rappelait des paroles ou des actions du Seigneur... Quant à Matthieu, il a mis en ordre les dire relatifs au Seigneur en langue hébraïque » : Il est dit « non dans l’ordre » ce qui ne signifie , ce qui ne signifie pas désordonné ! Et même si l’on accepte que son récit ait été désordonné, remettre des chapitres dans l’ordre chronologique n’est pas recréer un nouvel évangile…
alors qu'il est reconnu que celui-ci pèche au contraire par excès d'organisation. Les polémistes païens comme Celse, Porphyre ou Tryphas, dans des controverses acerbes, n'ont-ils pas rejoint les craintes des chrétiens tels que Denys de Corinthe ou Irénée de Lyon, en condamnant le trafic des textes? Ils nous incitent à penser que pendant assez longtemps de " pieux auteurs " ont remanié les textes à leur convenance. St Jérôme, au IVe siècle, se plaindra encore de la falsification et du mélange des Écritures (le pape le chargera d'ailleurs de les " harmoniser " dans une version latine).
mélange comme le diatessaron qui sera condamné vigoureusement à cette époque et interdit en Syrie.
remarquons quand même que des hérétiques comme Basilide vers 130, Valentin vers 140, Marcion vers 150, cherchent à interpréter les Evangiles en leur faveur, également des juifs comme Tryphas et des païens (Celse, vers 178) citant les Evangiles pour essayer de les prendre en défaut. Tous ces auteurs tiennent les Evangiles pour authentiques. Ils critiquent certains qui mélangent mais pas les textes dont eux se servent. Cette critique dont fait mention Blanrue peut être vue, à l’opposé, comme un souci, à l’époque déjà, de ne pas trafiquer les Ecritures, celles que l’on lit et que l’ont considère comme authentiques…
Il devient donc très vraisemblable qu'à la seconde moitié du IIe siècle si des bribes d'Évangiles existent certainement, si le nom de certains auteurs leur est déjà accolé, nos quatre Évangiles ne sont pas encore définitivement constitués.
ce n’est pas si sûr ! ça l’est en partant des hypothèses retenues par Blanrue mais elles ne sont pas si sûres !
Cette étape ne sera franchie, au mieux, que vers 170. Ce n'est toutefois qu'au IIIe concile de Carthage, en 397, que le Nouveau Testament prendra sa forme actuelle (sans l'Apocalypse, qui pose d'autres problèmes). Soit au IVe siècle.
attention, ici, Blanrue fait un glissement de la rédaction finale des Evangiles à la fixation du canon du Nouveau Testament. Quel lien dans ce qu’il veut montrer ici ?
Nous sommes loin des dates habituellement avancées : Marc vers 65-70, Matthieu vers 75-90, Luc vers 65-80... - plus loin encore de l'optimisme démesuré de Tresmontant qui affirme que le récit de Matthieu date d'avant 36!
et comment réfute-t-il les objections soulevées par Tresmontant ? Il y en avait une série. Notamment si je me rappelle bien (ça fait lgtps que j’ai lu Tresmontant que je n’ai pas sous la main) l’idée que la datation tardive des évangiles part du principe de la transcription d’une tradition orale. Certes elle a existé. Mais comment imaginer que des juifs disciples de Jésus n’aient rien écrit de son vivant ? La prise de notes existait déjà et parmi ceux qui suivaient Jésus il n’y avait pas que des pêcheurs… évidemment, ici on part de l’hypothèse de l’existence de Jésus…
Dans le meilleur des cas, de telles échelles ne peuvent jamais que situer la rédaction des quelques premières bribes évoquées plus haut, mais leur importance doit être tenue pour négligeable.
La rédaction définitive des Évangiles est donc à chercher beaucoup plus tard, plus de 100 ans après les événements qu'ils entendent relater.
toujours une hypothèse, qui privilégie certains aspects et pas d’autres et se base sur peu d’indices, qui sont par ailleurs contestables
Elle a été précipitée pour supplanter les hérésies qui se répandaient, ce dont convient St Irénée. Il fallait faire coïncider les Écritures avec la foi des premières communautés. L.Rougier écrivait : " Les Évangiles sont rédigés pour l'endoctrinement des néophytes, la réfutation des hérétiques, la confusion des juifs endurcis, les besoins de la liturgie ".
sans doute les Evangiles sont-ils des livres prosélytes mais ceci n’enlève rien au fait qu’ils puissent parler d’un personnage historique et sans le reconstituer totalement… La littérature engagée n’est pas forcément « fausse »
En parlant de Louis Rougier, il est intéressant pour la suite de la discussion (posts suivants) de savoir que dans son livre paru en 1977 chez Copernic, « Celse contre les chrétiens », sa thèse est de « démontrer à quel point la pensée judéo-chrétienne est totalement étrangère à la pensée antique qu'elle a détruite en quatre siècles. De même, il démontre par ce livre que si le christianisme a pu perdurer jusqu'à nos jours, c'est parce qu'il a su récupérer un certain nombre de rites, de mythes païens qui ont pu faire croire aux peuples convertis que le judéo-christianisme était la suite logique du paganisme ancestral ».
Comme ils n'ont été formés qu'en vertu de critères théologiques, en reprenant à leur compte un ensemble de traditions écrites et orales, dont le genre veut que la dominante soit hagiographique, les Évangiles nous renseignent davantage sur la foi des premiers chrétiens (ils en sont l'expression) que sur Jésus lui-même - si toutefois il a existé, ce dont nous sommes en droit de douter sérieusement comme nous allons le voir. Se frayer un chemin à travers les amplifications catéchétiques opérées par les correcteurs au cours des deux premiers siècles et les erreurs des copistes (on écrivait alors sans séparer les mots)
encore une fois c’est vrai pour TOUS les textes de l’antiquité !
relève de la gageure. Le prudent Père Lagrange estimait que les Évangiles étaient " insuffisants comme documents historiques pour écrire une histoire de Jésus Christ " : selon lui, ils en étaient plutôt un " reflet ". Un reflet déformant jusqu'à quel degré?
reflet ne signifie pas invention me semble-t-il… à moins de tordre le sens des mots…
A ce stade, à partir du texte du CZ, qu’est-ce qu’on peut dire ?
1) P.E. Blanrue est un piètre historien qui dit à peu près n’importe quoi et qui compile ce qui l’intéresse délaissant tout ce qui pourrait aller à l’encontre de sa thèse
2) P. E. Blanrue fait donc preuve de malhonnêteté intellectuelle en publiant ce genre de torchon sur le net : il trompe ses lecteurs, ce qui est grave pour quelqu’un qui prétend donner des leçons
3) Après une critique rapide de son texte, on a vu qu’il n’a pas été capable de montrer que les Evangiles sont des récits tardifs (ses soi-disant preuves s’effondrant les unes après les autres)
4) il a en revanche rappeler (involontairement) que les Evangiles et les Ecrits du Nouveau Testament sont les textes de l’Antiquité pour lesquels on possède les copies les plus anciennes et les plus nombreuses et que ces copies sont très proches de leurs originaux, comparativement aux autres textes antiques
5) il n’a pas pu montrer que les 4 Evangiles canoniques n’existaient pas encore au 2ème siècle
6) il n’a pas pu montrer non plus , preuves à l’appui, que « les remaniements se comptent par centaines »
7) en revanche, il a reconnu qu’il y avait (au moins) une première « couche » de récits très anciens, càd du 1er siècle
8) il n’a pas pu démontrer qu’il n’y avait pas de communautés chrétiennes très tôt à Rome, au contraire ce fait est sûr
9) Maintenant, avant de lire plus avant son texte, réfléchissons :
Il a existé des « textes » dès le premier siècle parlant du Christ
on trouve des communautés chrétiennes à Rome en 64 mais aussi en Grèce dès 51/52
les Evangiles prétendent parler d’un personnage mort vers 30/33 en Palestine
il n’existe nulle part de textes, inscriptions ou mentions de Jésus et des chrétiens avant (au bas mot) l’an 30
le christianisme est un fait : il est apparu dans l’histoire comme une variante du judaïsme et s’est développé fortement au 2ème siècle
Justin et d’autres Pères du 2ème siècle font des références aux chrétiens du 1er siècle
nos Evangiles (càd les mêmes que ceux de la fin du 2ème siècle) sont en grande partie des traductions en grec de textes écrit en Hébreu alors qu’au 2ème siècle les chrétiens ne sont plus en Palestine et se répandent en milieu païen
conclusion : le christianisme a été fondé en Palestine entre 30 et 50 et a produit des « textes en hébreu» (lesquels ? on n’en sait rien à ce stade de notre discussion) + une série de lettres dont on sait avec certitude que au moins les « couches » les plus anciennes (s’il y a eu des couches) datent de l’an 51/52 et que ces textes et lettres font références à un homme, Jésus, mort et ressuscité
Je ne conclu pas que Jésus a existé, je dis ce que l’on a à notre disposition. La discussion se poursuit dans les posts.


3 Comments:
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